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Autour de mon enfance ...




Il y a en premier lieu, un bruit des tramways grinçant et tintinnabulant ;

Il y a des tiroirs mystérieux que j’inventoriais sans vergogne et des tas d'échantillons d'étoffes multicolores que je manipulais avec ravissement ;

Puis, il y a un jardinet qui sentait bon l'humus les soirs d'été après l'arrosage ;

Il y a deux pêchers et un cerisier dont je dégustais avec gourmandise les fruits superbes et un forsythia qui éclatait de tout son or dès les premiers jours du printemps et une rangée de timides muguets qui fleurissaient péniblement à l'ombre d'une murette moussue et que mon père cueillait religieusement pour en offrir à toute la famille ;

Il y a l'odeur poivrée des œillets d'Inde qui bordaient les plate-bandes ;

Il y a une grosse cuisinière de fonte sur laquelle ma grand mère faisait griller de pelures d'oranges embaumant la cuisine, havre de paix et lieu de rencontre ;

Il y a la pâte longuement pétrie, travaillée pour confectionner  les « cheveux d'anges » du repas dominical ;

Il y a les épis de maïs grillés que je mordais à pleines dents en me brûlant la langue ;

Il y a le rubis des grenades que je savourais rituellement la veille de la Toussaint, au retour du cimetière ;

Il y a le parfum des châtaignes que l'on faisait rôtir dans le four ;

Il y a aussi  les remontrances maternelles, à la même époque, lorsque mon carnet scolaire n'était pas à la hauteur de ce qu'elle attendait.......confusion !

Et puis les frises à peindre soigneusement sur le cahier pour clôturer le travail hebdomadaire, sous la surveillance paternelle ... rigueur !

Et aussi les tours de bicyclette, dans notre impasse, avec les enfants du voisinage,

Et encore les adultes assis devant les portes et devisant paisiblement,

Et surtout,le chant des martinets dans le clair obscur du jour finissant : paix, bonheur et volupté.

Mais il y a aussi l'ennui des dimanches après-midi après le repas familial ;

Il y a les jeux sur les  rayonnages de la vieille bibliothèque que je maltraitais en punaisant des barbes de maïs pour les coiffer ;

Il y a les soirées solitaires dans ma chambre, en compagnie de la Comtesse de Ségur et de la Bibliothèque verte ;

Il y a ma terreur lorsque mon père me fit fouler la maigre récolte de sa vigne et que, coincée, pieds nus dans la barrique je m'aperçut de la présence d'une belle araignée tigrée,  sur sa toile, juste en face de moi. Hurlements !!!

Il y a ma répulsion, toujours d'actualité,  pour l'odeur du lait chaud que l'on s'obstinait à vouloir me faire ingurgiter ;

Il y a la panique, le jour où ma « smala » s'aperçut que j'avais joué dans de la terre mélangée à de la fuchsine et que j'en avais probablement ingérée.



Il y aura toujours, quelque part dans ma tête, un îlot de « presque campagne » dans le huitième arrondissement de Lyon où j'ai grandi et où je ne peux pas retourner tant je préfère garder mes souvenirs intacts.



Ah ! j'allais oublier ... ce lieu s'appelait « Monplaisir », ... en un seul mot.



Lucie Dijeau



 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Crédit photos : Koryn Boisselier ©